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samedi 27 décembre 2014

Les chemins des jours côtoient ceux des nuits...

En ce moment, je travaille sur l'Odyssée pour un nouveau documentaire.
J'ai gardé de mes études de philo et de mon naturel parano un esprit critique décuplé: je ne sais pas  lire sans malmener le texte pour traquer les sens cachés, débusquer les soubresauts allégoriques, ou les grimaces ironiques...Alors, avec l'Odyssée, je me régale...
Me voilà bloquée sur un passage. J'ai beau demander à mon entourage, farfouiller dans les monographies qui s'entassent sur mes étagères, je ne trouve pas de réponse.
Voilà ma question et j'espère que la foule de lecteurs qui chaque jour hante ce blog par les hasards d'une googlelisation fautive y répondra:
Ulysse arrive au pays des Lestrygons. Un pays bien étrange: les bergers se succèdent jours et nuits dans une énigmatique relève. La géographie du lieu est tout aussi surprenante: deux caps, deux falaises...tout est double.
"Durant six jours, six nuits, nous voguons sans relâche. Nous touchons, le septième, au pays lestrygon, sous le bourg de Lamos, la haute Télépyle, où l'on voit le berger appeler le berger : quand l'un rentre, il en sort un autre qui répond ; un homme dégourdi gagnerait deux salaires, l'un à paître les boeufs, l'autre, les blancs moutons ; car les chemins du jour côtoient ceux de la nuit."
Nous entrons dans ce port bien connu des marins : une double falaise, à pic et sans coupure, se dresse tout autour, et deux caps allongés, qui se font vis-à-vis au-devant de l'entrée, en étranglent la bouche. Ma flotte s'y engage et s'en va jusqu'au fond, gaillards contre gaillards, s'amarrer côte à côte : pas de houle en ce creux, pas de flot, pas de ride ; partout un calme blanc. Seul je reste au-dehors, avec mon noir vaisseau ; sous le cap de l'entrée, je mets l'amarre en roche : me voici sur le roc de la guette, au sommet ; de troupeaux ou d'humains, on ne voyait pas la trace ; il ne montait du sol, au loin, qu'une fumée...." (traduction de Victor Bérard)

Voilà un curieux face à face qui se prépare.
Dans ce monde fait de doublons, les compagnons d'Ulysse se hasardent jusqu'au bourg. Ils rencontrent une géante, puis une autre géante, la reine du lieu. Et là, surprise, ils se font manger, poursuivre par des milliers de Lestrygons, sortis de nulle part, puis harponner comme des poissons.. des thons, précisément!
J'ai bien compris que le brave Homère se moque un peu, dans un esprit...rabelaisien avant l'heure. Certes les choix des mots, des noms, tout n'est que moquerie...Lestrygon est déjà sous le signe du pillage étymologiquement! M'enfin, tout de même, n'est-ce que raillerie? Quel est ce curieux double qu'Ulysse affronte, ou fuit? Ce géant barbare, si différent de l'homme aux milles ruses..
Des articles glosent sur la relève des bergers, se demandant si véritablement, ils se succèdent ou s'ils travaillent en doublon...mais personne ne se demande pourquoi cet épisode des Lestrygon est introduit par un monde double...alors, je vous le demande, pourquoi ce paysage double? ces rituels qui se répondent?

Les chemins des jours côtoient ceux des nuits....comme des amis...qui ne se ressemblent pas...comme des doubles qui se dédoublent.

dimanche 21 décembre 2014

L'auteur nouveau est arrivé...

Comment pourrais-je taire l'expérience incroyable qui fut la mienne ce week-end?
J'étais en dédicaces, situation assez banale me direz-vous, en cette fin d'année...Que nenni.  J'ai dédicacé à côté du maître de la dédicace, le génie VRP de la signature. Non, il ne vendait pas d'ustensiles ménagers, n'offrait pas de colifichets lorsqu'on achetait un lot de ses ouvrages...ou du moins pas encore.

 Mais il s'était déplacé à grands renforts de pancartes publicitaires annonçant l'événement incontournable, que dis-je la dédicace exceptionnelle à laquelle les lecteurs avaient la chance d'assister. La sortie d'une saga fantastique, le dernier opus d'un génie méconnu, auto-proclamé sur des cartons aussi hauts que larges...lauréat d'un prix littéraire qu'il avait lui-même lancé.

Bien évidemment, cet événement d'importance planétaire était ignoré de la plupart des badauds qui avaient la chance inouïe d'y assister par hasard, en slalomant avec leurs caddies. Oui, heureux passants, vous étiez tout comme moi, face à ce stand aux panneaux démesurément grands, vous vantant l'arrivée encore toute fraîche du dernier opus de la trilogie passionnante née de la plume et du cerveau de l'auteur face à vous.
Les panneaux n'étaient pas seuls pour vous signifier votre chance d'être là. L'auteur portait sur lui des banderoles clignotantes qui répétaient inlassablement son nom et son statut, défilant sous vos yeux ébahis. AUTEUR AUTEUR AUTEUR...
Et moi, coincée dans le seul mètre qui ne jouxtait pas cet immense événement littéraire, le regard hypnotisé par le défilé de ce nom, j'observais avec éblouissement le pupitre sur lequel le maître officiait.
Oui, l'auteur avait un siège, et un pupitre recouvert de peaux de moutons. Ah, quel bonheur d'assister en direct à l'esquisse d'un chef-d'oeuvre naissant....les yeux rougis, non de chagrin, mais du clignotement inlassable d'une diode mal réglée.
Mes amis, si l'art de la dédicace devait se résumer en une séance, ce serait celle-ci: au milieu du centre commercial, parmi vous, chalands ébahis, j'en perdis ma plume, mes feutres et regardais subjuguée les panneaux, la peau de bête, et l'assistante du maître vêtue d'une tenue, d'époque...
Je ne vous parlerai pas des livres qui me faisaient face, car finalement, le livre dans tout cela n'avait que peu d'importance....

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