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mercredi 27 mai 2015

Panthéonisées....

C'est aujourd'hui que les cendres de Germain Tillion et de Geneviève de Gaulle seront déposées au Panthéon. Deux femmes, deux résistantes.

J'avais découvert la vie de Geneviève de Gaulle, l'année dernière en préparant "L'odeur de magnolia" qui lui est consacré.

On ne parle pas beaucoup des femmes dans la résistance, on croit souvent qu'elles ont un rôle mineur. Et pourtant...elles ont souvent mis leurs vies en danger, transporté des documents sensibles, coordonné, transmis..à l'égal des hommes, voire parfois plus que les hommes.
Il y a une résistance des femmes, toute spécifique, qui force le respect.

Pour vous parler de ces femmes, voici des extraits de mon petit roman qui rend hommage à l'oeuvre  de Geneviève de Gaulle:




Ses activités:


Geneviève sauta du camion et reprit le train qui la déposa dans les alentours d’Annecy. En quelques semaines, elle s’était habituée à franchir la ligne de démarcation à pied puis de continuer son voyage avec un laitier qui la transportait sur les hauteurs de la ville. Geneviève était une des seules femmes engagées dans le maquis. Elle n’était plus seulement préposée aux tâches administratives. Elle fabriquait des faux papiers, faisait passer des clandestins.

Son arrestation:
Le 19 juillet, le ciel se mit à gronder. Il faisait lourd et dans la nuit zébrée Geneviève ne trouvait pas le sommeil. Elle pensait à Hubert, au maquis, au journal, aux amitiés que seule la guerre peut forger.
Le matin, elle alla à la messe. Elle pria longuement pour l’avenir. Il faisait très chaud. Elle marcha en direction du Quartier latin. Dans sa sacoche, elle transportait de faux papiers qu’elle devait déposer à son bureau, rue Servandoni. Sur un coup de tête, elle décida de faire un saut à la librairie Au vœu de Louis XIII ; elle avait l’habitude d’y relever son courrier.
Il faisait si chaud pour un mois de juillet.
En entrant, elle pressentit qu’elle était tombée dans une souricière. Elle cacha dans un coin sa sacoche et fureta comme une cliente ordinaire, prête à ressortir. Elle fut quasi immédiatement appréhendée. Trois officiers de police lui demandèrent son identité. Ses faux papiers ne firent pas illusion, même s’ils étaient de bonne facture. Ils retrouvèrent sa sacoche. Ils l’avaient démasquée. Geneviève n’était pas abattue, non, tout au contraire, pour une raison qu’elle ignorait, elle se sentait heureuse. Le moment redouté était arrivé, elle était presque soulagée, c’était maintenant. Madeleine serait fière d’elle. Elle était prête. Elle répondit au policier français qui l’interrogeait :
— Mon véritable nom est Geneviève de Gaulle.

Et la nuit:
La nuit commença.
Un matin glacial.
Un SS escorta Geneviève jusqu’à sa cellule. Il l’enferma dans une pièce sombre et froide.
Pendant trois jours et trois nuits, personne ne vint la voir. Une détenue apportait de l’eau et du pain à d’autres déportés. Mais elle ne s’arrêtait pas à sa porte. Geneviève songea que sa vie s’achèverait peut-être ainsi, dans une cellule obscure au sol humide, sans humain.
Deux cancrelats y rampaient. Ils l’épiaient d’un air méfiant.
Au bout de deux jours, ils se nichèrent dans le creux de ses bras. Elle ne les repoussait plus, elle ne les voyait plus. Ils faisaient corps avec elle.
Le quatrième jour, la détenue qui servait de geôlière lui apporta à manger. On l’avait oubliée aux cancrelats.
Geneviève n’avait plus faim. Elle se mit à nourrir les insectes.
Au fil des jours, ils grossissaient. Elle leur trouva des noms, puis elle leur parla :
— Félix, tu me sembles plus robuste que Lucien... Qui de vous deux court le plus vite ?
Elle resta plusieurs mois tapie avec la vermine.
Jusqu’au jour où son corps commença à ruisseler et à suer comme les parois des murs. Un couteau lui cisaillait la poitrine et les cancrelats rampaient sur son front mouillé. Elle se mit à délirer. L’odeur du magnolia envahit la pièce. Des fleurs de magnolia immenses fissuraient les murs et leur parfum de mort lui donnait la nausée. Comme elles étaient belles ces fleurs mais comme elles faisaient peur.
Un matin sans vie, deux hommes entrèrent dans sa cellule. Ils lui firent plusieurs piqûres. Ils venaient probablement l’achever, comme on tue un animal blessé, ou commencer des expériences médicales – ils l’avaient déjà fait sur les femmes qui boitaient dans les allées. Et l’odeur du magnolia entêtant qui n’en finissait pas de se répandre dans la pièce et de lui prendre tout son souffle.

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