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samedi 27 juin 2015

Lettres de Pithiviers



Cette année, dans le cadre de l'action "Raconte-moi le livre" (ici pour mémoire) organisée par l'association Coeur de livres, des enfants de CE2, et CM1/2 ont lu Surtout ne prends pas froid. 
Dans ce roman épistolaire, je parle d'une petite fille déportée lors de la rafle du Vel D'hiv, internée au camp de Pithiviers.
Ils ont ensuite écrit avec leur maîtresse un autre roman, parallèle au premier...du point de vue de l'infirmière qui s'est occupée d'Esther et de ses camarades.
Voici leurs lettres, que je trouve magnifiques:



Lettre 1

A Pithiviers
Le 15 juillet 1942

Chers parents,

Aujourd'hui, je suis au camp de Pithiviers car j'ai été appelée pour travailler en tant qu'infirmière. Ce matin, des policiers sont venus me chercher à l'hôpital pendant que je travaillais. Apparemment, je vais assister le docteur Durand. Pithiviers est à dix kilomètres d'Orléans. Ce village n'est pas très joli. Le docteur est allé me chercher à la gare. Il m'a emmenée sans dire un mot dans sa camionnette pleine de matériel.

 Maman, as-tu toujours mal  à ton genou ?
Et comment va papa et petit Jean ?
Donnez-moi de vos nouvelles.
                                                                 
Je vous aime tant.


                                                 Simone, votre fille qui est un peu déboussolée.


 

Lettre 2



A Pithiviers,
Le 19 juillet 1942

Chère Françoise,

On m'a proposé du travail à l’infirmerie de Pithiviers. Je suis arrivée le 15 juillet. C'est un endroit étrange. Il n'y a que des femmes et des enfants. Ils portent des étoiles jaunes et vivent dans des baraquements.
J'ai l'impression que c'est un camp. Il y a des barbelés tout autour. On nous surveille en permanence.
Je commence à regretter d'être venue ici. Je travaille avec le docteur Durand. Il est sympathique mais  discret, et c'est surtout moi qui m'occupe des patients.

J’espère te revoir bientôt, je t'embrasse.



                                                                                                     Simone.



Lettre 3



A Rambouillet
22 Juillet 1942


Ma chère Simone,

J'ai bien reçu ta lettre, mon genou ça va, et toi ?
Ton père travaille et petit Jean veut te dire un mot, « Ma sœurette tu me manques ,
Quand viendras-tu »?
Je  me repose mais je m'ennuie un peu.


Bisous ma chérie.
                                                                   Tes parents et petit Jean


PS : Mange bien !



 

Lettre 4


Pithiviers
Le 23 juillet 1942

Ma très bonne amie Françoise,


         J'ai reçu ton courrier. J'ai déjà deux malades. Anna, qui est à peine plus jeune que moi, et Esther, dix ans. Le petit frère d'Anna, Joseph, est un véritable pot de colle. Mais il est jeune, il n'y peut rien. Les deux petites filles ont peut-être la scarlatine...

 J'ai reçu  moi-aussi une lettre de mes parents et de petit Jean. Esther et Anna sont très optimistes. Elles s'amusent et me redonnent le sourire. Elles semblent ignorer le danger. Esther me plaît.

Je t'aime,

                                                Simone


Lettre 5


Pithiviers
Le 23 juillet

                                Ma chère famille,

Vous voyez je ne vous oublie pas.
Malgré tout le travail qui m'attend, je me débrouille  pour prendre quelques minutes et vous écrire, à vous et à Françoise quand le docteur a fini sa visite.
Il y a une épidémie de scarlatine, et l'une des petites malades m'attend toujours à la sortie de la salle de soins.
En plus de tout mon travail, je dois encore distribuer le courrier. Il y a peu de lettres chaque jour. Mais si vous pouviez voir le regard de la jeune fille à qui je tends une lettre … C'est son père, je crois, qui lui écrit car sa mère est  dans un baraquement avec les autres.
Quand elle lit la lettre, elle se met dans un coin un peu à l’écart et c'est toute l'infirmerie qui s'apaise.

Alors moi aussi j'écris et j'attends de vos nouvelles, elles me font tout du bien.

Je vous aime si fort, prenez soin de vous.




                                                                                       
                                                        Simone  



Lettre 6






Pithiviers

Le 23 Juillet 1942



                            Ma très chère Françoise

         Les deux filles ont en effet la scarlatine. J'ai offert à Esther des chiffons pour qu'elle se fabrique une poupée.

         Je leur donne du pain d'épice. Ecris-moi vite ! Je ne peux rien te dire(t'écrire du moins) car j'ai du travail.

                                                                  Simone

 

Lettre 7




A Pithiviers
Le 30 Juillet 1942






Chère famille

Aujourd’hui c'est un jour triste, toutes les femmes adultes sont parties. C'est un grand chamboulement. Je suis allée donner du pain d'épice aux mères d'Anna et d'Esther .Tous les petits pleurent  Je leur ai dit que ça ne servait à rien de pleurer .Je me suis mise à leur place, une larme a coulé sur ma joue.
J’attends de vos nouvelles. Je suis inquiète.
                                                                       


                                                                Simone

Lettre 8



Pithiviers
Le 30 juillet 1942


                            Ma chère Françoise

         Aujourd’hui, j’ai vu partir la mère d’Esther.
Elle a été déportée dans un autre camp avec d’autres femmes enfermées ici. Je suis si triste pour elle et sa fille. Esther est guérie de la scarlatine, mais je dis au docteur qu’elle est encore faible. Ainsi je la protège tout comme Anna pour qu’elles n’aillent pas à Pitchipoï.
         Et chez toi comment ça se passe ? Parce que moi je ne vais pas très bien. Ecris-moi vite !!!!


                            Ta chère Simone
 

Lettre 9


A Ablis
Le 5 août 1942

Chère Simone

J’ai bien reçu ta lettre qui me disait que les mères de ces jeunes filles
étaient parties. Hier un élève juif de ma classe n’est pas venu à l’école, ça m'inquiète
beaucoup. De ton côté est-ce-que le docteur Durand est gentil avec toi ?
Est-ce que Anna et Esther vont bien ? J'espère qu'elles ne partiront pas car je ne sais pas trop ce qu'on va leur faire.

Je vois souvent tes parents. Ici tout le monde va bien. Ton frère pose beaucoup de questions. Il veut savoir quand tu reviendras, il dit qu’ il a hâte que sa grande  sœur rentre.

Ta meilleure amie Françoise.


Lettre 10


Rambouillet
Le 7 août 1942
                         

                                  Ma chère fille,

Ah quel dommage, elle était  si jeune, elle doit être traumatisée. Mais où va sa mère, tu le sais ? Est -ce que le docteur Durand est parti ? Est-ce que les enfants vont bien ? Il faut que tu sois présente pour eux.
          Ne t'inquiète pas je suis sûre que tu peux y arriver.


                                                                               Ta famille qui t'aime fort.



Lettre 11



A Pithiviers,
Le 10 août 1942

                  Ma chère Françoise,

Je suis inquiète pour ces jeunes enfants, ils crient toute la journée. Esther continue de fabriquer sa poupée. Elle m'aide, et rassure les plus petits. Je fais  croire à M. Durand  que les petits sont encore malades  pour qu' ils restent à l'infirmerie  car je ne sais pas où ils vont partir.

Ta meilleure amie

                                                                                 Simone

 

Lettre 12





A Pithiviers

Le 15 Août  1942



                            Chère Françoise,



Anna, l'amie d Esther est partie.


J’ai peur qu'Esther ne parte elle aussi. Je ne sais pas où elle va mais ça ne me dit rien qui vaille. Le docteur Durand pense qu'Esther est guérie et qu'elle peut repartir mais je lui réponds toujours qu'elle a un peu de fièvre, qu'elle est encore trop faible. Elle ne joue qu'avec sa poupée Sarah.
J'espère  qu'elle s'en sortira et que tu vas bien.


                            Tu me manques tant.
                                                                                   Simone


PS : N'oublie pas de me répondre.



Lettre 13





A Pithiviers

Le 23 août 1942



Chère maman, cher papa

Anna est partie. Elle a était ajoutée au dernier moment.
Esther et sa poupée sont très seules.
Elle voulait partir avec Anna. Des gardes l'en ont empêchée.
Ouf!
Mais elle si triste .Elle s'imagine que sa poupée lui parle.
Elle délire un peu.
J'ai l'impression qu'elle a une petite varicelle.
Car elle commence à avoir des boutons.
Elle voudrait m'aider. Mais elle le fait déjà. Elle redonne de la joie aux enfants.
Vous me manquez tant.


                                                                                       
                                                                                 Simone


Lettre 14




A Pithiviers

Le 15 septembre,



Ma chère amie,

Tu te rappelles notre belle amitié étant enfants ?
C'est la même chose pour Anna et Esther.
Tu sais quand j'étais malade, tu ne t'amusais pas beaucoup.
Et bien c'est la même chose pour Esther.
Depuis le départ d'Anna, Esther tourne en rond.
Et moi, tu me manques beaucoup.


Ta chère amie qui t'aime.

                                                                   Simone.

 

Lettre 15




A Pithiviers,

Le 21septembre 1942,



Chers papa, maman et petit Jean,

Aujourd'hui, Esther a tricoté une jolie robe à sa poupée, car elle va être
déportée  dans un autre camp. Désormais elle  va  partir, c’est sûr. Je pleure des heures et des heures. Je passe des nuits blanches. Je suis si inquiète  que je ne peux plus écrire cette lettre.


Votre petit ange qui pleure.

Simone

Lettre 16






A Pithiviers

Le 21 septembre 1942



Chère Françoise,

C'est moi Simone. Aujourd'hui je ne suis pas dans mon assiette, Esther est partie. Des gardes sont venus la chercher. Elle était si contente, je pense qu'elle ne se rend pas compte du danger, mais je ne veux rien lui dire. En partant, elle m'a donné sa poupée, elle m'a dit qu'elle pourrait en faire une autre à Pitchipoï.
Maintenant je suis toute seule avec les petits. Sans elle je me sens perdue.


                                                       Simone ta meilleur amie.

P.S: Peut – être que c'est la dernière fois que je t'écris.
 

MERCI infiniment aux enfants et à leur enseignante pour ce travail superbe!


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